Coopération et structure sociale

Quelle image indique un fonctionnement coopératif ?

Imaginez ces trois dessins comme des représentations de réseaux sociaux où chaque point est une personne. Observez qu'avec les mêmes personnes, exactement aux mêmes endroits, il est possible d'avoir trois sociétés différentes. 

 

Est-il possible que les mêmes personnes puissent produire des sociétés différentes en changeant seulement la manière de s'organiser ? C'est peut-être facile à comprendre mais beaucoup plus difficile à accepter puisque nous avons été éduqués pour croire que ce qui est déterminant est ce qui est dans nos têtes.

  

Voilà pourquoi on essaye de convaincre les autres. Si nous voulons un monde meilleur, on va faire du prosélytisme. On va essayer de convaincre qu’il faut sauver la planète. Paix, coopération, consensus... Parce que nous imaginons que c'est en déposant du contenu dans les têtes des autres que nous allons changer la façon de fonctionner de la société. Mais il semblerait qu’avec les mêmes personnes, il puisse y avoir 3 types d'organisations différentes, avec 3 types de comportements différents. 

Par exemple, si la société est organisée de manière centralisée (dessin A), constituée de clones de Mahatma Ghandi, elle ne pourra pas se comporter de manière pacifique et coopérative même si tous les composants de la société sont des clones parfaits de Ghandi. Puisqu'il ne s’agit que d'une expérience de la pensée, à priori, nous ne réussirons  pas  à convaincre les clones de Mahatma Ghandi à entrer dans une structure centralisée. Mais s'ils décidaient d’y entrer, ils ne pourraient pas avoir un comportement collaboratif. 

Augusto de Franco - FICOO 2015 - Brésil   

 

Et il continue dans un café-débats : "les modèles d'organisation sont partout entre les personnes. Quand on change de modèle, l'organisation change. Avec la figure 3 il ne s'agit plus d'un flux participatif mais d'un flux interactif qui traverse la société. Quand les degrés de conductivité, de connectivité et d'interactivité augmentent des phénomènes "étranges" commencent à se produire :

- l'agglomération est un de ces phénomènes (quand une personne que tu connais, connaît aussi une tierce personne qui est une relation commune à tous les deux)  et il se produit aussi à l'échèle de  l'univers : nous habitons la "super agglomération" (cluster) de la Vierge. Plus notre société sera agglomérative plus notre réseau sera interactif. 

- le "swarming"- essaimage : dans ce mouvement il y a une intelligence collective qui se met en place. Une intégration presque spirituelle dans le cas des poissons (shoveling) ou des oiseaux (starling). On peut penser qu'il y a quelqu'un en train de diriger le groupe, mais ce n’est pas le cas. 

 

Tout ce qui interagit s'agglomère, tout ce qui interagit essaime. C'est nous qui n'avons pas la patience d'attendre. Tout ce qui interagit clone, copie  l'autre, imite, s'approche : le groupe donne du pouvoir à l'individu (small is powerful).  A école, au lieu d'interdire de regarder sur la copie de l'autre les professeurs devraient stimuler cette pratique et développer l'habilité de bien le faire, de gratifier celui qui copie le mieux ! D'où l’une des bonnes définitions du réseau : je n'ai pas besoin de tout avoir dans ma tête puisque je suis connecté à d'autres qui savent, je peux imiter, copier. 

 

Woodstock (qui s'en souvient ?) était une bulle distributive, une expérience interactive qui a produit des effets sur les comportements. Les phénomènes interactifs changent la construction moléculaire de la société. Aujourd'hui très peu de personnes comprennent le phénomène et se demandent : Qui est aux commandes ? Qui a donné l'ordre ?"

 

Pour l'anecdote, la troisième image a été modélisée par un scientifique qui, dans les années 60, a répondu à une consultation du  gouvernement américain sur ce qui pourrait sauver le plus grand nombre de personnes en cas d'attaque nucléaire.